John Updike n'est plus.
C'est lui qui m'apprenait la ville de New York lorsque j'étais encore trop jeune et encore trop loin pour la comprendre. C'était une culture étrangère pour une fille du Mid-West.
Plus tard, j'enseignais sa nouvelle "A&P" aux élèves de troisième. Oui, son protagoniste était un ado, comme eux, mais l'histoire n'était pas pour les jeunes. C'était une histoire pour les hommes abordant la quarantaine, nostalgiques pour l'été et l'innocence et les charmes des seins des filles, alléchants et frais comme des boules de glace. Tout cela, c'était du temps perdu pour les troisièmes. Et pour tant de leurs aînés aussi.
Mais bon, John Updike, toi qui pars trop tôt, encore un piégé par la clop' et sa prime, le cancer aux poumons, pour te souhaiter une belle balade dans l'au-delà, je traduis pour des amis francophones un de tes poèmes, publié en 2000 dans la revue Poetry.
Tout en disant au revoir aux enfants très jeunes
par John Updike (et traduit par Iowagirl)
Ce ne seront pas les mêmes la prochaine fois. Ce qu'ils disent,
si mignon, juste à peine déjanté, sera corrigé.
Leurs yeux seront plus sceptiques, branchés
encore plus sûrement sur le bourdonnement
de la télé, de l'alphabet, du jargon de la rue,
la culture polluant le bleu pur de leur regard.
Ça te permet enfin de voir la valeur de
ces tantes ringardes et des voisins (leur odeur
de sueur estivale et des cigarettes, leurs visages
comme des morceaux de ciel entre les feuilles ombreuses)
qui te connaissaient depuis le début, quand tu étais zéro,
qui te gazouillaient leurs petits riens même avant que tu saches t'en ennuyer
or que tu connaisses un nom, même pas le tien, ou comment
ce monde tout courageux de bonjours devient complètement au revoir.