Il était une fois une fille qui s'appelait Alma. Un jour, elle épousa Charles. Ceux qui sont forts en maths auront deviné que le couple eut gouté aux fruits de la passion avant la nuit de leurs noces. Mais bon, passons. Ils eurent sept enfants : Nina, Ethel, Russell, John, Charles, Mildred et Wendell. Et puis Charles meurt lorsque le benjamin eut à peine deux ans. Alma était veuve avec sept enfants, au plein milieu de la Grande Crise. Oui, sinistre. Et puis, elle épousa Harvey. Avec Harvey, elle eut trois enfants : Harvey, Glen et Harold. Harold meurt enfant, ayant bu du poison. Tous les autres grandirent et firent des enfants, sauf Harvey. Or, les enfants de Glen furent adorés par leur grand-mère. Les autres pas. Tolérés, d'accord, mais pas plus. Oui, cela fit mal à ces enfants, à une, en particulier, qui ne comprit jamais pourquoi Mamy ne l'aimait pas, et c'était un peu difficile de vraiment aimer ces cousins-là, ceux que Mamy adorait, mais bon, c'était comme ça. L'une qui faisait partie de ces autres, les non-aimés, pensait que c'était parce qu'Harvey avait « sauvé » Mamy de la destitution. Mais elle ne croyait pas si bien dire. Après la mort de sa grand-mère, elle découvrit dans ses effets des documents qui montraient que la belle-mère et la belle-soeur d'Alma avaient saisi la ferme qui appartenait à Charles, et qui aurait dû, par conséquent, appartenir à Alma et ses enfants. Alors, ce n'était non seulement une veuve avec sept enfants au milieu de la Grande Crise, mais une veuve avec sept enfants, sans argent, et sans domicile. Difficile d'aimer une famille comme ça, quoi. Alma dit une fois à une de ses filles que, si elle avait eu droit à la contraception à son époque, elle n'aurait fait que trois enfants. Cette fille, la sixième enfant, fut horriblement blessée par cette révélation. Mais la fille de cette fille-là, la petite-fille d'Alma, comprit tout de suite le sentiment de sa grand-mère, tout en sachant que si sa grand-mère avait pu prendre la Pillule, elle n'aurait jamais été en train de vous raconter cette histoire maintenant. Car elle n'existerait pas, aimée par sa grand-mère ou pas. La chance qu'elle eut, cette fille, qui vit et qui continue à vivre, heureusement, à tout jamais.
C'est une triste histoire que tu nous racontes mais qui nous ammène à remercier chaque jour la chance que nous avons, nous les femmes d'aujourd'hui, de pouvoir choisir quand et comment nous voulons avoir nos enfants...Ma mère a débuté ses études de médecine en 1967 à une époque où la pillule venait juste d'être légalisée en france grâce à Mr Neuwirth et où les avortements se faisaient encore à l'aiguille à tricoter sur les tables de cuisine ou en douce dans les cliniques chics... Même légale, la pillule était tabou et l'on se refilait "sous le manteau" les noms des rares médecins qui acceptaient de la prescrire. Ma mère a vu des drames en nombre pendant ses études et plusieurs femmes mourir pour avoir voulu échapper à une ènième grossesse non désirée... Je peux te dire que c'était une militante acharnée de la contraception ! Et moi, du haut de mes 33 ans, j'ai une profonde admiration et un respect sans limites pour Simone Weil qui permit la légalisation de l'IVG chez nous. J'ai eu la chance d'assister à une conférence qu'elle donnait lors d'un congrès médical et j'ai été impressionnée... Pour tout ça, et même si je me suis écartée un peu du sujet, je comprends les réactions de ta grand-mère même si je ne l'excuse pas...Mes deux filles, et bientôt le troisième, je les ai eu quand je l'ai voulu et j'en suis très heureuse !!!
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Et elles aussi, heureuses et chanceuses, Perfecta. Quand je pense qu'il y a des connards qui reprendraient tous ces droits si on le leur permettait !!!<br />
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Bravo à ta maman, encore une pionnière. Respect.<br />
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Pour madame Weil aussi.<br />
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Merci Perfecta.<br />
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mariev
18/10/2008 12:01
ah, j'aurais dû mettre un H majuscule au mot Hommes ... je parlais des humains, quoi ... certes, tu contes l'histoire d'une femme et de ce qu'elle a vécu sans le vouloir ... mais j'ai vu "plus grand" dans ton texte, aussi ...mon père a fait des recherches généalogiques pendant plusieurs années, et nous sommes tombés sur l'une de mes ancêtres dont le "curriculum vitae" nous a effarés : 17 enfants en 15 ans, et très peu de survivants (genre 3 ou 4, je ne me souviens plus bien)connaître une histoire telle que celle que tu nous racontes, c'est comprendre un peu d'où l'on vient, comprendre certaines douleurs latentes et silencieuses qui semblent traîner comme des malédictions de génération en génération, comprendre qu'elles semblent se reproduire ... et alors, justement, sortir de cette spiralec'est important;)
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Oui, c'est surtout apprécier ce qu'on a à présent, pour sûr !<br />
Merci Mariev.<br />
Zoubi (bisou en regardant en arrière).<br />
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P
papistache
18/10/2008 08:05
"Avec des "si" on mettrait Paris en bouteille."C'est que l'Iowa est bien plus grand que Paris alors il m'a semblé que le mettre en bouteille relèverait du défi irréalisable. En revanche en tonneaux* la tâche s'annonçait un peu moins cyclopéenne.* de plus j'avais pris soin de prévoir plusieurs tonneaux (de chène, of course, et exclusivement issus des plus grands chais bordelais...)Sinon, je voulais dire qu'on ne refait pas l'histoire, on doit assumer ce qu'elle nous laisse en héritage.Sinon, il n'y a pas si longtemps, une vieille dame de 80 ans, de ma famille par alliance (mais je cache son lien de parenté) m'a dit sans aucune acrimonie:"Tu sais, Papistache, de toute la famille, mon mari et moi, c'est toi que nous aimons le moins !"
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Des si et des car, oui, je connais !<br />
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Tiens, en France, lors d'un stage, le prof nous a dit que parmi toutes ses responsabilités cet été-là, c'était nous qu'il détestait le moins.<br />
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Nous lui avons rendu le compliment, oeuf corse !<br />
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Merci Papistache pour l'explicos. Parfois, je suis bien lentille.<br />
Mais souvent, je suis pire.<br />
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pandora
18/10/2008 07:35
Une sacrée histoire que tu nous contes là avec beaucoup de questions que la petite fille devait se poser...Mais peut-être aussi une "consolation" de découvrir plus tard, trop tard, que si elle ne distribuait pas son amour de la même façon à tous, cela n'était pas à cause de la petite fille que tu étais mais de cette histoire familiale... pas parce que la petite fille était moins aimable que les enfants de tonton Glen.Nos grands-mères ont été des femmes vraiment fortes qui ont dû porter leurs enfants en général nombreux et les charges domestiques, souvent seules. Ma grand-mère maternelle avait 8 enfants et mon grand père est mort de tuberculose après la guerre. Il y a de sacrées histoires dans ma famille aussi, mais j'ai beaucoup de respect pour ma grand-mère, LA matriarche.Merci d'avoir partagé cela avec nous
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Merci pour ton commentaire délicat, Pandora. C'est vrai que je ne m'attendais pas à moins. ;-)<br />
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R
Reine
18/10/2008 07:14
Pour expliquer la phrase de Papistache voici: La vrai citation est "avec des si on pourrait mettre Paris en bouteille". (avec des suppositions on pourrait faire entrer quelque chose de très grand dans quelque chose de très petit) Il l'a arrangé pour toi avec des tonneaux et l'Iowa mais le principe est le même: c'est faire des suppositions qui t'amène à te poser des questions sans qu'il y ait de réponse. Donc tu te poses d'autres questions et c'est sans fin... En clair, ne te torture pas le cerveau, à savoir pourquoi ta grand-mère aimait certains de ses petits enfants et pas les autres, il n'y a pas de réponse. Dans le même genre tu as "si les chiens avaient des scies (à la place du sexe), il n'y aurait plus de poteaux" ou bien "si ma tante en avait (des... c*uilles) on l'appelerait mon oncle.Cela veut dire, dans le cas présent qu'il ne sert à rien de te poser des questions sur ta grand-mère car tu ne peux faire que des suppositions puisque tu n'as pas discuté avec elle du sujet, et donc tu risques de te faire du mal en te posant des questions qui n'auront jamais de réponse.Je ne sais pas si j'ai été très claire dans mes explications... Pour revenir au billet, je trouve dommage l'attitude de ta grand-mère même si je peux la comprendre. Ces enfants et ses petits enfants n'étaient pour rien dans la spoliation de ces deux femmes. Je comprends qu'elle a beaucoup souffert et que sa vie a du, à un moment, être très dure mais, en quoi est ce que tu es coupable de tout ça. Te dire qu'elle aurait préféré que ton cousin soit à ta place n'est vraiment pas gentil et très blessant pour toi.Mais je vois que tu as pardonné alors je n'ai pas à juger.
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Je connaissais "des si et des car" (celle de l'oncle et de la tante aussi, etc), c'est l'idée de tonneau que je ne saisissais pas. Merci pour tes explications<br />
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